" Souvenirs sur Paul Héroult "

 

Origines familiales

Né en 1863, dans une petite bourgade , au cœur de la Normandie, Thury Harcourt, qui sera détruite pendant la guerre de 1940. Ses grands-parents y étaient les prospères propriétaires de l'Hôtellerie de la Poste : florissant relais de Poste avec ses 60 chevaux. Il y avait une bonne qui s'appelait Marie qui faisait toute la cuisine de l'hôtellerie. Elle est restée jusqu'à 52 ans.

L'hôtelier grand-père s'est retiré à 62 ans ayant fait fortune. Hormis deux enfants morts en bas âge, il eut six filles qui après de longues années de travail familial furent généreusement dotées chacune de 100 000 frs , ce qui représentait une énorme somme à l’époque (parchemin entre les mains de Bernard Goupil de Caen) ; elles avaient été pensionnaires à Caen jusqu’à 15 ans.

Seule, l’aînée Elise, ma grand-mère, devra rejoindre les siens à l’auberge à 13 ans. Très intelligente, c’est elle qui épousera le jeune Patrice Héroult, tanneur comme l’était dans la famille le grand-père Toussaint ; ce dernier ayant fait faillite, s’établit à Londres où séjourneront trois années de suite le petit Paul et sa mère.

Son père avait une petite tannerie à Thury Harcourt : il la transféra à côté de Paris à Gentilly où, après sa mort, Paul Héroult fera son invention à l'âge de 23 ans.

P.H. était fier de ses origines, fier d'être Français, d'être Normand. Ne prétendait-il pas descendre d'un lointaine tribu de pirates nommés "les Frères de la Côte".

Fier de ses ascendants, tous gens simples et travailleurs, eux-mêmes fiers à leur façon de par leur esprit d'indépendance. Fier surtout qu'ils aient toujours été leur propre maître. Il refusera d'ailleurs une belle situation en Suisse parce que devant dépendre d'autrui : " chez moi, dit-il, il n'y a jamais eu que des patrons. "

 

Enfance

Il savait lire à quatre ans.

Un soir d'hiver, on l'expédie se coucher ; sa mère le retrouve étendu en chemise de nuit sur les pavés glacés. Il expliquera qu'il attendait que son corps soit arrivé à la même température que ses draps.

Vers l'âge de sept ans, il partit vivre à Londres auprès du grand-père Toussaint (trois années au moment de la guerre de 1870). On ne s'étonnera donc pas de la facilité qu'il aura plus tard à se sentir de plein pied avec Américains ou Anglais.

 

Sa mère

Sa mère qu'il chérissait vivra avec lui toute sa vie en France. Elle avait particulièrement confiance en lui et lui donna tout ce qu'elle possédait lors de son invention. Elle lui avait inculqué son infinie bonté, sa scrupuleuse honnêteté.

Très intelligente, sainte femme, fine : sa parfaite distinction naturelle l’aidera à s’adapter à son nouveau milieu, bien différent de celui de sa petite province.

Infiniment pieuse, elle inculquera à ses petits-enfants l'idée de conscience dès leur plus jeune âge (4 ou 5 ans).

Elle gardera toutefois l'instinct d'économie allant jusqu'à ne prendre qu'un billet de troisième classe pour économiser et laisser l'argent à ses petits-enfants. Toutefois l'argent se dépréciera et il ne restera rien de toute sa peine sauf une reconnaissance émue et attendrie.

Lettre de sa mère

" Tu m'as entendu te dire que l'homme ne peut progresser que s'il admet, s'il admire ses ancêtres. Qu'il lui faut avoir le culte de l'Humanité. Que rien ne se bâtit sur l'ignorance. Que la source de notre savoir est derrière nous. "

 

L'homme

Portrait par Élisabeth

Je ne pensais guère à 83 ans avoir l'immense joie de voir partout en France célébrer le centenaire de l'invention de notre père. L'aluminium étant devenu le plus utile de nos métaux. Tout ce qui concerne le savant a été dit. Je ne veux parler ici que de l'homme tel qu'il était pour les siens.

Quel bonheur j'éprouve à le faire revivre !

Tout d'abord, je revois son beau regard grave, profond, intelligent et si bon. Sa forte tête aux cheveux bruns. Une barbe sombre toujours hirsute encadrant le visage. De taille moyenne. L'aspect solide, sain, massif, puissant.

Il était d’une belle force physique et d’une santé de fer. Il ne craignait que les chutes et interdisait, au grand désespoir de sa femme, les parquets cirés. Je le vois encore jetant un seau d’eau sur l’un d’eux, car il s’était plusieurs fois cassé les côtes en glissant.

Toujours mal vêtu, il revenait de l'usine les vêtements couverts d'une fine poudre noire. Sa montre même était oxydée.

Plus tard jamais je ne vis de plis à son pantalon, jamais il ne voudra se remettre en smoking ( souvenir déplaisant de l’obligation de le porter à chaque arrivée dans les colonies anglaises lors de son voyage autour du monde avec le couple Louis Merle ). L'apparence était le dernier de ses soucis. Toutefois fort sourcilleux pour son linge.

Arrivé à Cannes sur son yacht, il se verra refuser l’entrée du Casino. A cette époque Cannes était surtout fréquentée par la haute société. Tout le monde connaissait le mendiant habituel de l’église. Papa loua deux smoking et le fit entrer au Casino avec lui, le plus facilement du monde.

Je le revois jovial, farceur, bon vivant, la simplicité même. Les mains fortes, un peu potelées, aux doigts effilés, tâchés de nicotine, avaient des gestes rares mais précis. Maniant crayon ou queue de billard avec précision.

J'entends encore son rire énorme, sa voix de stentor chantant les ritournelles à la mode qui faisait trembler les vitres. J'entends ses jurons fracassants, je revois ses coups de pieds. Fureurs de courtes durée.

J'entends aussi une mouche voler lorsqu'il réclamait le silence.

 

Traits de caractère

L'amour de la vie

Il aimait le confort, une bonne table, les amis, les beaux rôtis, les bon vins. Sa cave était rangée et étiquetée comme une bibliothèque. Son agnosticisme ne l’empêchait nullement d’aller à la cave coller les étiquettes avec son ami l’Evêque.

Mais ce portrait à la Gargantua rentrait dans l'ombre quand le cerveau broyait des idées neuves. Ces jours là mon père ne buvait ni ne mangeait, quitte lorsque la solution était trouvée, à faire, au milieu de la nuit, un raid monstre au garde-manger.

Il préférait se tenir dans un lieu public plutôt que chez lui. Le décor de sa vie quotidienne l'intéressait peu pourvu qu'il fut très confortable. Hôtel, restaurant, terrasse de café lui étaient commodes et agréables parce qu'animés.

Il avait appelé son yacht non pas le " Sans Souci " mais le " Samva ".

Gai par nature et jovial, sociable en toute simplicité, sans distinction de classe. Il aimait sa table entourée de famille et d'amis bons vivants et amateurs de grands crus. Les repas étaient des tribunes pour toutes sortes de discussions, qu’il éclairait de dessins faits au crayon à même la nappe.

Cette habitude d'écrire sur les nappes a parfois été cause qu'après son départ d'un café, on priait le gérant de la vendre ou de la céder.

Affectueux, bon fils, bon gendre, bon père, il respectait infiniment les femmes de sa famille, était indulgent pour ses enfants (Élisabeth : beaucoup trop) et pour les domestiques.

Toutefois son autorité faisait loi, personne n'eut songé à l'enfreindre.

Chaleur humaine, grande bonté. D'une bonté absolue.

 

Talents multiples

Mon père, très bon dessinateur, s’intéressait aussi à la médecine.

Il acquit en fréquentant des étudiants en médecine lors d'un séjour à Marseille de bonnes notions de celle-ci. Il hésita un moment à suivre cette profession. Les notions filtrées par son bon sens le rendaient de très bon conseil en bien des cas. Remède favori : huile de foie de morue qu'il administrait même à ses chiens et la guérison suivait. Teinture d'iode, glycérine anglaise.

Il fit bien des guérisons jugées miraculeuses mais pour les diagnostics plus sérieux, loin de jouer les guérisseurs, il s'en remettait à son médecin de famille.

 

Pédagogue

Toute petite fille, je me souviens très bien du mal que Papa avait pour essayer de me faire comprendre l'idée des électrons, etc. Me faisant tâter une table me répétant que quoique je ne pouvais pas le voir, ce morceau de bois était en réalité plein de trous comme une éponge.

Je vois encore Papa tâchant de m'expliquer l'atome et l'infiniment petit, me disant qu'une assiette en vérité avait autant de trous qu'une éponge, etc.

 

 

Le souci de l'autre

Son sens inné de la justice le portait du côté des plus faibles et des malheureux protégeant et soutenant matériellement des cas tragiques. Dont cette famille rejetée par tous, de six enfants, père déshonoré, emprisonné, mère morte de chagrin qu'il fit émigrer en Amérique où ils purent se tirer d'affaire.

A Saint-Tropez, sur son premier bateau, un confortable house-boat : alerté par le Capitaine que l'un des deux mousses s'était sauvé en emportant la cassette de bijoux de notre sœur aînée Henriette. Il y eut une véritable chasse à l'homme. Papa fit en sorte de le retrouver sur le petit bateau à moteur volé et en panne d'essence, il lui fit rendre la plupart des choses volées, toutefois lui laissant une montre, elle aussi dérobée. Il ne le dénonça pas à la police.

L’autorité qui se dégageait de sa personne lui assurait immédiatement le respect partout.

Papa étant très aimé de ses collaborateurs et de ses familiers. Il se mêlait aux ouvriers, les encourageant de la voix et du geste.

Un jour, dans l'usine, accompagné d'un groupe de personnages importants, il s'excuse, les plante là et va aider un vieil ouvrier qui ne parvenait pas à pousser un chariot.

Papa estimait beaucoup les bons travailleurs et avait une véritable affection pour certains contremaîtres qui le lui rendaient bien. Monsieur Héroult, c'était le Bon Dieu ! Quand il avait dit quelque chose tout était dit !

Il emmène un jour Henriette visiter une nouvelle usine, l'Argentière ( ? ) : il se tourne vers elle, les yeux brillants et lui dit : " Crois-tu, petit fille que l'on aura mis l'empreinte de son pouce sur le pays ? "

 

Valeurs morales

Tout jeune encore à la tête d'une énorme fortune, il ne changera pas ses habitudes. Il ne reniait jamais ses origines modestes.

Il n'admettait pas que l'on puisse dire du mal du pays où l'on gagnait sa vie et où l'on vivait (USA).

Confiant jusqu'à l'inconscience en ses contemporains auxquels il prêtait ses propres vertus de droiture : la duplicité et la trahison, qu'il rencontra plus d'une fois, le laissaient triste.

 

Modernité

Bien qu’au début du siècle, nous étions très confortablement installés au milieu d'une pauvre population savoyarde dans le petit trou de La Praz. Car notre père voyageant tout le temps en Amérique en avait rapporté toutes les idées modernes. Eau courante, chauffage central, électricité, W-C et jusque la salle de bains faite par les ouvriers de l'usine (voir La Praz).

Avoir une voiture à cette époque était fort rare, une foule autour de l'auto quand on s'arrêtait. Pas d'obligation de tenir sa droite, d'où un accident .

 

Religion

De famille et d'éducation chrétienne catholique, il avait dès l'âge d'homme abandonné la religion mais il était très tolérant et respectait toutes les croyances à la condition qu'elles fussent sincères. Fréquentant peu les gens d'église, il accueillait toutefois souvent à La Praz à sa table les curés pauvres de villages environnants et contribua à la remise en état de la chapelle ; mais comme ses concitoyens provinciaux il partageait les festivités religieuses.

Sa merveilleuse mère était catholique pratiquante (et fervente croyante). A l'heure de la mort de son fils, elle fit venir un prêtre. Le mourant ouvrit les yeux, aperçut la soutane noire, esquissa un mouvement de négation, son regard se posa ensuite sur sa mère agenouillée au pied du lit (mère qu'il adorait), alors il ferma les yeux, tourna sa tête sur le côté et laissa se dérouler le rite funèbre pourtant contraire à ses convictions.

Ma sœur Henriette assista à cette scène muette et elle s'est gravée à jamais dans son cœur. Ultime souvenir de la grandeur d'âme de mon père.

Aux USA le jour de ma première communion ainsi que de celle de ma sœur Anne-Marie, Papa était si fier de nous voir habillées de blanc, couronnées de fleurs, etc. qu'il nous a prises toutes deux par la main et s'est promené longtemps par les rues de New-York avec nous.

 

Politique

Mon père s'intéressait aux grands problèmes mondiaux et l'évolution du progrès le passionnait mais il était dégoûté par le dessous des mœurs parlementaires et tenait en piètre estime la plupart des hommes politiques Républicains ou Démocrates de son pays et plus encore de sa Normandie natale, prétendant descendre de pirates normands valeureux.

Il était abonné au " Tyran républicain "

 

Militaire

Mon père avait fait son service dans l'artillerie et gardait un mauvais souvenir de ses cavalcades forcées. Il n'était pas militariste et trouvait la guerre abominable.

 

Loisirs

Papa avait horreur des gants, détestait la marche à pied, mais nageait très bien.

La marche à pied lui était odieuse car il était trop lourd mais nager était pour lui une seconde nature.

Imbattable au billard.

Il avait toujours aimé le dessin comme en témoignent les beaux croquis qu'il rapporta de son voyage de noces de 9 mois autour du monde en 1900, avec le jeune couple Merle, également jeunes mariés .

Je ne suis qu'à demie étonnée de l'aventure qu'il lui arriva à Amsterdam : ayant quelque temps à perdre avant le déjeuner, il entraîna à sa suite des personnages importants au musée proche de l'hôtel. Fasciné par la beauté de la peinture, il oublia tout et personne n'osa lui rappeler l'heure du repas depuis longtemps passée.

Pour se divertir : dans la cave pour s'amuser nous devions avoir les pieds nus pour écraser du raisin dans les cuves.

Commande de bustes au sculpteur Charpentier. Aux USA il achète des tableaux à des amis peintres.

 

Musique

Il chantait d'une voix de stentor qui faisait trembler les vitres " Au temps des croisades " de Claude Jerrans ?

Un jour, il voulut emmener sa mère et Élisabeth, sa plus jeune fille, au Châtelet où, croyait-il, on donnait une opérette amusante. Il les installa dans une loge et apprenant qu'on allait donner un concert au lieu du spectacle attendu, il les planta là, disant qu'il allait les attendre au café d'en face.

Notre mère, très bonne musicienne, pouvait à loisir jouer chaque semaine du piano, accompagnée par un petit orchestre mais ne faisait plaisir à Papa qu'en lui serinant les rengaines à la mode. Elle avait tous les prix du Conservatoire et une voix magnifique. Elle s'accompagnait elle-même. Plus tard son second mari, M. Gray, jouera de la flûte, mais horriblement !

 

Lecture

Il aimait beaucoup lire. Adolescent, il dévorait Jules Verne dont les anticipations fertilisaient son imagination créatrice. Plus tard, il lira beaucoup, vite et bien, mais le temps lui manquera. Il préfère les relations de voyage, Kipling et les romans policiers dont la vogue commence alors.

Passe-temps, repos – lectures : Jules Verne, Kipling, Tartarin de Tarascon puis Mme Bovary.

Tartarin et Mme Bovary devenus livres de chevet. Fier d'être Français, adorant sa Normandie natale, Mme Bovary était tout naturellement son livre préféré - quoiqu'il ne fût aucunement un lettré. Plus tard son livre de chevet sera Tartarin de Tarascon, lorsqu'il aura subi l'attrait du Midi. Jeune, il avait dévoré Jules Vernes, Kipling - puis toute sa vie durant il lira des "Detectives Stories".

 

Paul Héroult, un père

 

Sa façon d'élever ses enfants ? Sans aucun doute uniquement par l'exemple. Il fallait comprendre que si on agaçait un chien, on se ferait mordre. Mais il obtint une cohésion familiale parfaite. Les enfants des deux mariages .furent élevés de la même façon. Ses trois plus jeunes enfants n'apprenant que vers leur seizième année qu'ils n'avaient pas la même mère que leurs frère et sœur de dix ans plus âgés. Et l'entente fut parfaite.

La liberté laissée à son fils aîné quant à ses médiocres études : en Amérique, Pauly, à l'université était toujours premier en dessin et gymnastique et absolument nul pour les autres sujets, mais aucune sanction de la part de Papa. Mais par la suite après la mort de son père, Pauly sera partout présent dans les différentes usines et s'occupera activement de faire connaître la valeur des inventions de notre père, très aidé en cela par sa grande sœur Henriette.

A Saint-Tropez où il n'y avait en ce temps là que notre bateau ou à peu près, notre père nous faisait signe vers les cinq heures, lui se dirigeant vers un Café : et nous, enfants, avions la permission d'aller manger autant de gâteaux qu'il nous plairait dans la pâtisserie non loin.

L'histoire d'Henriette oubliée en Corse à Calvi, seule. Devant quémander de l'argent au maire et revenir sur la côte sans savoir si Papa avait trouvé un port. Mais lequel ? Toutefois Henriette m'a dit que les mois passés avec Papa avaient été les plus heureux de sa vie.

 

L'inventeur

Sa " méthode "

Au travail

Aucune règle, aucun horaire.

Dans l'allégresse mais fureur de travailler.

Les publications scientifiques s'amoncellent sur son bureau. D'un coup d'œil il parcourt, juge, pèse. Il admire les savants, les chercheurs, les réalisateurs, critiquant peu mais avec une rare justesse. Il classait ses notes de lecture.

Parfois des nuits entières se passaient au Café. Papa travaillait la nuit lorsque tout le monde dormait : en ville, il restait fort tard au comptoir gribouillant plans, etc. sur le papier de la table. Pauvre Maman restant avec lui fort tard.

 

Une intelligence multiforme

Papa était réputé avoir une idée nouvelle par jour. Il ne respectait aucun horaire. Génie fantaisiste et polyvalent.

Il avait le don devant un problème d'en écarter les contingences, de le clarifier, de le ramener à la proportion maniable, en sorte que la solution lumineuse jaillissait d'elle-même. Chercher calmement et à fond. Très modeste, il admirait les savants, etc. présents et passés. Par contre, tournant en dérision les prétentieux et les fausses valeurs.

Au cours d'une conversation sur l'astronomie, une multiplication immense s'imposait : cinq chiffres d'un côté, quatre de l'autre. Il réfléchit un petit moment et produisit de tête un résultat aussi exact que stupéfiant. Il n'en était d'ailleurs aucunement conscient, étant surpris qu'autour de lui l'on n'en fit pas autant.

Il avait le don de mettre le doigt sur le point crucial, sans être du métier. Certains barrages, comme Papa l'avait prédit, ne tinrent pas.

SNCF, pont métallique bâti sur l'Arc : la première crue le fera céder. Ouvrier aux USA resté accroché par les mains à ligne haute tension, Papa met bouteilles isolant table, etc.

Lettre de Paul Héroult à Jules Dreyfus (Industriel)

" J'ai le verbe haut, c'est exact, c'est pour m'obliger à entendre ce que je dis - ou plus exactement à écouter ce que je pense.

Les pensées vont très vite, les paroles sont un frein. Elles font barrage. "

 

 

L'aluminium

 

L'aluminium fabriqué par Sainte-Claire Deville était encore un métal précieux, un surtout de table en cette matière ornait la table de Napoléon III.

Celui-ci échappa à un attentat, le sol de sa voiture étant doublé en plaques d'aluminium.

L'arrivée de l'usage de l'électricité 30 ans après la découverte de Sainte Claire Deville permit l'électrolyse utilisée en même temps par Paul Héroult et Charles Hall en Amérique.

C'est à l'âge de quinze ans que Paul Héroult a lu le livre de Sainte-Claire Deville . De l'autre côté de l'océan C. Hall le lira également, d'où leur vocation. Voir la lettre de papa écrite à sa mère à dix-huit ans où il dit sa crainte que quelqu'un d'autre ne soit sur la même voie.

Toutefois lorsqu'il y eut le brevet Hall, Papa crut d'abord à un vol.

Dreyfus :

" La découverte intéresserait fort des industriels suisses de mes amis qui exploitent près de Neuhausen une usine métallurgique actionnée par les eaux du Rhin. Ils tentent vainement de fabriquer de l'aluminium. "

Dreyfus obtint la copropriété pour la France du brevet primitif. Bientôt ce fut la fabrication du bronze d'aluminium à laquelle participèrent les amis de toujours. P. H. exulte, il a 25 ans.

C'est dans le Rhin qu'il plongera, mais devra se faire aider pour en sortir.

Lettre de P. Héroult à Berthe Béliot amie d'enfance et première fiancée, 1888

" Dans quelques jours je vais être à la tête de la plus puissante installation électrique du monde et je pourrai utiliser un courant quatre fois plus fort que ce qui a jamais été fait.

Je suis occupé pour le moment à la construction d'un appareil bizarre pour fabriquer de l'aluminium pur.

Je doute fort de la réussite, mais qui sait ? "

Hall : le procédé Hall sera utilisé jusqu'en 1912 à l'usine de Calypso date à laquelle lui sera substitué le procédé Héroult. Voir aussi comme aux Etats-Unis on ajoutera le procédé Héroult à celui de Hall. Plus tard le badge et le nom " Héroult-Hall " en témoigneront.

Voir : Vigeland, Norvège ?

 

Autres inventions

Une fois, petite fille, posant à Papa quelques questions saugrenues à propos de sa Légion d'honneur je lui demandai s'il avait inventé d'autres choses que l'aluminium, il s'amusa à me dire que tout son costume serait recouvert de décorations si on en donnait pour toutes ses inventions.

1904 - Inventeur Hydroglisseur puis sorte d'hélicoptère (étant partisan du plus lourd que l'air).

Stato réacteurs utilisant détente des gaz produits par mélange explosif à la sortie d'un tuyau (brevet à Chicago).

P.H. dans les années 1912 a confié à son cousin Hippolyte Goupil qu'il venait de découvrir les bases de la fission de l'atome mais que, craignant le mauvais usage que ne manqueraient pas d'en faire les hommes, il avait détruit toutes les formules accumulées sur ce sujet.

Sa dernière idée : traiter les algues de la mer des Sargasses dans usine flottante pour y produire l'iode économiquement.

Petite dynamo Oberlin emportée aux USA pour une démonstration mais refoulée par la douane.

Acier (acier fin)

1903 : four d'acier qui porte son nom.

En 1986, 26 % dans le monde de l'acier fin sera encore fait dans le four Héroult.

Je me rappelle fort bien de toujours entendre Papa parler de Sheffield en Angleterre.

 

La Praz

Il y a presque un siècle, puisque je vais avoir 91 ans, la France ne connaissait encore presque aucun confort mais celui-ci fleurissait déjà aux Etats-Unis. Notre père en avait rapporté le goût. Et notre maison natale de La Praz (Savoie) fut dotée de tout le confort, chauffage central, électricité, W-C, eau courante, salle de bains. Celle-ci ayant provoqué de grandes difficultés : les ouvriers de l'usine chargés de l'installation exigèrent de recouvrir tout le sol de zinc, celui-ci remontant sur les bords et lui-même recouvert par des lattes de bois, comme on en voit dans les Bains Publics, etc. La baignoire était posée sur des marches.

Dans le jardin de La Praz, un énorme bassin servait à expérimenter un aéroglisseur de conception révolutionnaire.

Dans cette grande maison isolée, nous étions cinq enfants. Les deux aînés du premier mariage avec Berthe Béliot – Paul et Henriette. Après son veuvage, notre père se remaria en 1898 avec notre mère Marguerite Château- dont il eut trois enfants- Patrice, Anne-Marie et la dernière, moi, Elisabeth.

Deux ans plus tard, eut lieu le voyage de noces qui dura huit mois autour du monde, avec le couple Louis Merle et sa jeune femme. De ce voyage nos parents rapportèrent une collection d’instruments de musique, des estampes japonaises, des tableaux de l’école de Pékin et mille objets précieux. Puis aussi ces immenses chapeaux asiatiques qui orneront le plafond du hall de la Praz.

Dans notre grande maison, il y avait pour notre mère, parfaite musicienne, un beau piano à queue. Il y avait aussi la salle de billard, jeu que Papa maîtrisait à la perfection.

 

Aux Etats-Unis

Whitney

P. Héroult crée une entreprise de fabrication de l'aluminium à Whitney, Caroline du Nord, répondant au vœu d'Adrien Badin qui a succédé à Monsieur Pechiney à la direction de la Compagnie. Ce sera Badinville dont l'installation doit être la plus importante du monde. Sera presque achevée en 1914. Le groupe Mellon et l'Alcoa reprennent l'affaire. Les USA alimenteront la France durant la Première Guerre en aluminium de Badinville.

A Whitney, immense maison en bois entourée d'une grande galerie entièrement fermée par un grillage contre les moustiques. Avant la guerre de 1914, la chaleur épouvantable lui fera construire une grande piscine à côté de la maison. Beaucoup attrapaient la malaria.

Il s’amusait à s'étendre tout habillé sur le bord et nous appelait tous trois, jeunes enfants, Patrice, Anne-Marie et moi. Il fallait le pousser dedans. Pour complaire à sa femme, il finira par enlever ses chaussures mais recommencera 36 fois pour notre joie.

Toujours à Whitney (Caroline du Nord) 1912 ?, une chaleur étouffante. Papa souffre tellement de la chaleur qu'il relève ses manches, roule le bas de ses pantalons et fagoté de la sorte reçoit les ingénieurs venus de New York  dans cet accoutrement. Ceux-ci médusés et narquois au début, ont vite fait de comprendre à qui ils ont à faire, Papa calculant de tête de façon vertigineuse.

Vers les quatre heures du matin, Papa nous faisait réveiller ma sœur Anne-Marie et moi et nous devions danser devant les ingénieurs groupés dans le salon.

Papa avait fait venir beaucoup de cochons qu'on lâchait dans les environs car ils tuaient les serpents. Pas de routes, donc une Ford haute sur roues. Et 5 chevaux à l'écurie. Des Noirs – et partout des Noirs dans les champs de coton. Bien différente leur expression depuis qu'ils vont à l'Université. Le même regard maintenant que les étudiants blancs.

 

La famille Héroult avait loué pour l'été maison sur une île à Lake Placid. Paul Jr y a été amoureux de cinq filles aux noms de fleurs. Papa nous jetait dans le lac attachés à une corde. Orages terribles.

 

Charles Hall

P. Héroult rend visite à Charles Hall vivant à Oberlin, puis le reçoit, devenu son ami, à Lake Placid.

Hall fondateur Aluminium Company of America (Alcoa )

Professeur Chimie Jewett (Yale)

Hall donnait des concerts de piano : concerto de Brahms, sonate en Si mineur de Litz

Vers 1890 Hall et Héroult se trouveront tous deux à la tête de gigantesques entreprises.

Héroult aura son yacht

Hall son wagon.

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La mer et les bateaux

P.H. très bon nageur, adore le canotage, adore la mer.

Encore petit gamin, il voudra changer le cours d'un ruisseau pour pouvoir aller à l'école en bateau. Déjà très attiré par l'eau. Plus tard, il naviguera sur les canaux à bord de son house -boat "Le Patrice" pour enfin sillonner la Méditerranée sur son yacht "Le Samva", superbe avec ses 35 mètres.

On apprendra de longues années après que le fils de PH, Patrice, avait fait couler le premier bateau, le "house-boat", trifouillant certaine robinetterie mais on n'en révéla jamais la cause car Patrice était le fils chéri de sa mère.

1913 - Le Samva

Il n'hésita pas à confier son yacht de 35 m à un brave homme du midi, Orizco, rencontré sur le port de Cannes parmi les matelots. Celui-ci ayant le pittoresque accent provençal, la bonhomie, sans autre recommandation que son humble capacité de canoteur de Cannes aux îles de Lérins toutes proches. D'ailleurs, de ce fait, il manquera la Corse. Mon père rectifiait la route en regardant une boussole au dessus de son lit.

Faisant la meilleure soupe aux poissons, ou la Bouillabaisse, qu'il baptisa donc Capitaine.

Nous les enfants l'adorions, il faisait tout reluire sur le bateau, mais chez lui dans sa villa désordre et saleté effrayantes. Il avait une adoration pour Papa dont la photo trônait sur son lit mais recouverte de toiles d'araignées.

Chef des machines M. Bouchon, quatre matelots.

Papa parlait toujours de la mer des Sargasse où un bateau atelier aurait fabriqué l'iode, etc.

Vers la fin de sa vie il avait loué puis acheté divers bateaux sur la Méditerranée. Il aimait pêcher ; son port d'attache : St Tropez où le soir il allait au café des Marins et écoutait avec amusements leurs galéjades.

Il aurait aimé acquérir un coin de rivage et y vivre. Malheureusement sa femme, elle, détestait la mer et les bateaux. Il passera donc une année entière sans elle sur son bateau.

Toujours génial, il conseilla un jour à un compétiteur de régates d'enduire de graisse la coque de son voilier qui glissera ainsi plus vite dans l'eau. Ce procédé simple fut appliqué et la course gagnée.

Papa aurait voulu acheter une île aux Baléares, dans ce temps, c'était pour rien.

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Papa devait prendre Le Titanic, mais retardé il le manqua. Toutefois les robes de Maman coulèrent avec le bateau

Maman avait son mannequin et faisait envoyer ses robes, etc. de Paris à New York.

Divers

Thury Harcourt, il y a ans 90 environ. Noël. L'orange seul cadeau.

Un certain Tourneboule. Un certain Duc Daudiguet.

Repères

Sa première femme Berthe Béliot mourut en 1895. Fort lettrée, d'une famille d'Alençon. Elle laissa Paul âgé de quatre ans et Henriette âgée de deux ans.

En 1898, il épousa sa deuxième femme Marguerite Chateau, 24 ans, de Bar le Duc.

1900 - Voyage de noces (deuxième mariage)

1908 à 1910 : tous les six mois, appartement meublé en Amérique, New York à l'Ansonia Hotel.

1912 - Location en été dans île du lac Placid

Whitney 1912 ?

1913-1914 Le midi - Cannes, Toulon, Antibes sur le yacht Samva.

En Allemagne, il avait reçu le titre de Docteur en Chimie (?) et on le nommait toujours ainsi en Amérique avant la guerre de 1914-18.

 

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