III - L'exploitation du procédé

1ère tentativeextraits d'aluminium

Convaincre des hommes d'affaires et des banquiers sur la rentabilité d'un tel projet, n'est déjà pas chose facile. Mais en plus, certaines situations peuvent encore compliquer la tâche...Laissons parler Paul Héroult :
"Mes connaissances en chimie étaient limitées à ce que peut savoir un étudiant de 23 ans, non spécialiste. Il n'est pas étonnant, que mon premier brevet étant pris, j'aie cherché appui et conseil auprès de personnes faisant autorité en la matière. L'une de ces personnes à qui je proposais mon affaire me répondit : L'aluminium est un métal de débouchés restreints et, que vous le vendiez 10 francs ou 100 francs le kilo, vous n'en vendrez pas un kilo de plus. Si vous faisiez du bronze d'aluminium, ce serait une autre affaire, car il s'en emploie des quantités considérables."

Ces propos péremptoires et décourageants sont de Péchiney, lui-même. La raison de ce soi-disant désintérêt est anecdotique : lors de leur entrevue, il avait tout simplement perdu une partie de billard avec l'inventeur, qui était un maître en la matière.

Celui-ci dira ensuite : "J'avais fait quelques expériences encourageantes de ce côté. J'abandonnai l'aluminium pour une série de nouveaux travaux qui aboutit, en 1887, à une addition à mon premier brevet. Cette addition décrivait un système de four électrique et un procédé permettant de réaliser la fabrication continue par l'électricité des alliages d'aluminium, en général de tous les corps difficilement fusibles ou réductibles."

Péchiney était le directeur de l'usine de Salindres dans le Gard (fondée par Henri Merle en 1855), qui fabriquait l'aluminium avec le procédé chimique Deville.
 
 

2ème tentative

Paul Héroult, nullement découragé par cette première tentative sans résultat, revient à Gentilly, décidé à exploiter lui-même son procédé, et cherche un commanditaire.

Il va directement à la Banque Rothschild, où on lui répond que son projet va être étudié par l'expert de la maison, Adolphe Minet, directeur de laboratoire. Le rapport de ce dernier sera défavorable.

Curieusement, Minet prendra un brevet, l'année suivante, au nom de deux banquiers qui le subventionneront, les frères Bernard, lesquels créeront une usine d'aluminium à Creil (près de Paris), dont il prendra la direction.
 
 

1er succès

Après ce nouvel échec, notre jeune inventeur reste fort démuni. Un jour où il se retrouve autour d'une table de billard dans un café à Paris, il fait la confidence à un de ses amis de sa pénible situation, clamant à haute voix son opinion sur les commanditaires. Or, le hasard, on le sait, fait parfois bien les choses : un spectateur qui admirait la virtuosité du joueur l'aborde et se présente : Jules Dreyfus, se disant intime ami d'industriels suisses, constructeurs de matériel de chemin de fer. Il lui assure que ceux-ci sont susceptibles de s'intéresser à sa découverte.

Avec enthousiasme, Paul Héroult accepte de rencontrer ces industriels, MM. Naville et Huber, lesquels le présentent ensuite au directeur de l'aciérie Neher Sohne, qui exploite une usine métallurgique actionnée par la chute du Rhin, à Neuhausen (Suisse).

L'histoire se poursuit par la création de la Société Métallurgique Suisse (SMS), avec laquelle il signe un contrat, le 26 avril 1887, pour l'exploitation industrielle de son procédé.

Paul Héroult construit une cuve électrique de 6000 ampères et les résultats sont si remarquables que la puissante société allemande Allgemeine Elektrizitäts Gesellshaft participe à la création de la Société Anonyme pour l'Industrie de l'Aluminium, extension de la SMS, dont il devient le directeur technique.
 
 

Après la Suisse, la France

Il travaille ensuite à l'amélioration de son procédé pour réduire le coût du kilo d'aluminium. Comme il y réussit, son commanditaire, Jules Dreyfus, décide de s'intéresser au marché français. Il s'associe à la Banque Goldschmidt de Paris, avec laquelle il fonde, le 17 octobre 1888, la Société Electro-métallurgique Française (SMEF), dans le but de produire de l'aluminium, bien sûr, mais aussi du silicone et divers alliages. Paul Héroult, de nouveau, ne détiendra que la responsabilité technique sans participation au capital.

La nouvelle usine est créée à Froges près de Grenoble. Les débuts sont très difficiles : le coût du kilo d'aluminium, bien que 3 fois moins cher que celui produit chimiquement par l'usine de Péchiney à Salindres, est toujours trop élevé. Le personnel est en partie démis de ses fonctions pour raisons d'incompétence ou financière, la panique s'installe, et l'enthousiasme tombe.

Paul Héroult, ne se décourage pas, et continue son travail avec acharnement. Il construit plus de creusets, avec 4 anodes, puis 6.

Nous sommes en 1892 et les coûts commencent à diminuer. Cependant, il n'est pas satisfait de ces résultats, veut améliorer la qualité du produit et rendre l'opération encore plus rentable. Il y arrive en renforçant la cuve avec une couche de carbone, réduisant le voltage électrique de 6 à 5 volts.

Le kilo d'aluminium vaut maintenant 5 F au lieu de 65.96 F en 1888.

Son charisme grandissant, il réussit à persuader la SEMF de construire une nouvelle usine plus grande, à La Praz, dans la vallée de la Maurienne. Il ne participe pas à son installation immédiatement, car au même moment une nouvelle compagnie, la Société Française d'Aluminium Pur, expérimente le nouveau procédé Bayer, qui consiste à séparer l'alumine de la bauxite, en utilisant de la soude très concentrée à chaud.

Naturellement, on demande à Paul Héroult de l'étudier et de l'évaluer.

Ses résultats mènent la direction de la SEMF à absorber la nouvelle compagnie en 1895. C'est le début d'une période de collaboration avec Karl Joseph Bayer, les deux cherchant avec obstination, à faire baisser le coût de production de l'aluminium.

Paul Héroult entreprend alors un voyage aux Etats-Unis…
 

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